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Haïti - "il faut penser à l'avenir" Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
27-01-2010

Photo: AFP
"Nous en sommes toujours à l’étape de rapatriement et de soins mais il faut penser à l’avenir…..et nous sommes bien dépourvus car l’avenir est là : c’est demain …. après demain. "
C'est en ces termes que sœur Marie Thé nous livre un vibrant témoignage sur la situation à Haïti.
Des élans d'entraide, de fraternité et d'amour balaient la région de Carice, là où plusieurs personnes du mouvement viennent en aide, avec le peu qu'ils ont, à des centaines de personnes de Port-au-Prince venues se réfugier.

"Très chers Parents et Amis,
Vous avez été très nombreux à exprimer votre soutien à l’occasion du terrible tremblement de terre du 12 janvier à Port au Prince, capitale du pays, mais aussi à Jacmel, Léogane et d’autres villes voisines. J’en suis très touchée et de tout cœur je vous en remercie.


Aujourd’hui, dimanche 24 janvier, les statistiques dénombrent 150 000 morts pour la seule ville de Port-au-Prince...et ceux qui sont encore sous les décombres ...et ceux des autres villes...et combien de disparus dont nous ne savons pas s'ils sont dans un hôpital, ou sous les décombres, ou à marcher partout parce qu’ils ont perdu la tête? Nous ne saurons jamais.

Lorsque la catastrophe est arrivée, il y avait la pluie chez nous à Carice et les routes étaient impraticables pour les voitures. Pas de téléphone alors que la majorité des familles ont des enfants en étude à Port-au-Prince.
Trois nuits et deux jours de cauchemars avant de pouvoir téléphoner. Aussi dès le lendemain, certains jeunes sont partis en moto en passant par le Plateau central (Hinche) pour aller à la recherche des gens de Carice. Les nouvelles se chuchotaient de bouche à oreille par crainte d’annoncer aux familles les décès.


Tout un mouvement de solidarité est né.
Je me suis rendue compte qu’il suffisait de connaître l’adresse d’un pour trouver les autres. Ceux qui avaient un petit argent ont pu venir. Nombreux étaient ceux qui ne pouvaient pas par manque de fonds.

A l’initiative de quelques personnes une collecte a été organisée sur Carice.
C’était dimanche 17janvier. Un comité est passé dans toutes les églises...les rues...les institutions...les familles...et, en quelques heures, une somme importante a été ramassée.
Les personnes donnaient vraiment ce qu’elles avaient, voir le peu qu’elles possédaient pour la journée : 10 gourdes ou 15 gourdes, même les enfants donnaient leur 5 gourdes.

Ensuite le voyage a été organisé par étapes en passant par Hinche et Cerca Carvajal. Route difficile mais plus courte et arrivés à Cerca ils peuvent continuer à pieds. L’important était de les retirer de l’enfer dans lequel ils se trouvaient.
Ils étaient dans la rue à avoir faim et soif et à la merci de bandes armées qui n’ont pas hésité à voler, à violer, à tuer.

A Cerca nous avions organisé un plat de riz pour leur donner un peu de force et les habitants de cette ville connaissant notre situation nous ont apporté du bois, des fruits, de l’eau. C’était la fête !
Photo: AFP

A leur tour les chauffeurs de Carice ont participés en allant les chercher à Cerca et tout ce petit monde : 113 personnes, est arrivé mardi soir.

Dès le vendredi 15 au dispensaire nous avons commencé à recevoir quelques blessés. Le personnel est très courageux. Plusieurs ont perdu un des leurs.
Pour pouvoir arriver à Carice il ne fallait pas que ce soit des blessures trop graves.

Maintenant ce sont les chocs psychologiques qui remontent à la surface. C’est plus compliqué. Nous aurions besoins de psychothérapeutes. Toutes les personnes ne sont pas encore arrivées mais il y a au moins 305 personnes qui sont revenues (85 familles touchées). Nous contrôlons 30 décès (une famille a perdu 5 enfants).
Avec le nombre de personnes dont nous n’avons pas de nouvelle tous ces chiffres vont augmenter.


Notre Sœur Altagrâce a été bien éprouvé par le décès de trois membres de sa famille. Nous en sommes toujours à l’étape de rapatriement et de soins mais il faut penser à l’avenir...et nous sommes bien dépourvus car l’avenir est là : c’est demain... après demain.

La plupart des familles n’ont rien… il faut trouver une solution pour les écoliers et les étudiants.

Nous attendons les directives du département pour la reprise des écoles. En attendant, au CTBV nous reprenons deux jours par semaine pour le suivi santé des enfants.

Voilà les dernières nouvelles de Carice en ce dimanche 24 janvier.

Je fini avec cette phrase de St Paul que notre Evêque Mgr. Chibly LANGLOIS a repris pour écrire aux fidèles de son diocèse :

«Nous sommes aux prises, mais non pas écrasés ; ne sachant qu’espérer, mais non désespérer ; harcelés, mais non abandonnés, terrassés, mais non vaincus » (2 Co 4,8-9).
Cette parole s’adresse à nous tous aujourd’hui. Elle nous invite à garder confiance en l’amour de Dieu duquel rien ne peut nous séparer. Convaincus de ces paroles du Seigneur qui nous aime immensément et de l’espérance qui nous habite, notre peuple ne mourra pas, il vivra.

Encore merci à vous tous qui compatissez à la souffrance de ce peuple.

Marie Thé


Ceux et celles qui voudraient aider à cet égard, peuvent entrer en contact avec nous pour de plus amples informations.
Dernière mise à jour : ( 17-03-2010 )
 
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